La Jonction : vous n'incarnez pas un personnage
La plupart des jeux vous tendent une fiche de personnage. Celui-ci vous tend la vie de quelqu'un.
Dans la Chronique, vous êtes le Témoin. Vous n'inventez pas de héros, vous ne choisissez pas de classe, vous ne tirez pas vos forces au sort. Par ce qui fut confié à l'argile, vous rejoignez une personne qui a vécu : vous arrivez en elle au milieu d'un geste, et ses mains poursuivent un travail que vous n'avez jamais appris. Vous voyez par ses yeux. Vous choisissez en votre nom. La vie autour de vous est la sienne.
Et c'est un corps avant d'être une histoire. Vous vous tenez plus près du sol que vous n'en avez l'habitude, ou plus haut. Le souffle se place autrement dans la poitrine. Les mains connaissent un métier que les vôtres n'ont jamais tenu, et quand vous vous penchez sur une eau immobile, le visage qui vous regarde n'est pas le vôtre.
La Jonction est une occupation, pas un déguisement. La personne que vous rejoignez est présente tout du long, et vous la sentez. Une joie arrive qui n'est pas la vôtre, comme une chaleur à travers un mur mitoyen. Un mot remonte que personne ne vous a enseigné. Sous la tension, ses mains peuvent commencer un geste d'elles-mêmes, et le plus sage est de les laisser finir.
Le monde s'en aperçoit aussi. Ceux qui entourent la personne que vous portez la connaissent depuis des années, et quand vos choix plient cette vie hors de sa forme, ils le voient : un intendant se fige sur un seuil, un gardien relit son propre registre. Vous vivez parmi des gens qui savent faire la différence.
Vous ne savez aussi que ce qu'elle sait. Les inconnus restent des inconnus jusqu'à ce qu'un nom soit donné. Les signes restent muets jusqu'à ce que vous appreniez à les lire. Le monde ne s'ouvre pas parce que vous, joueur, connaissez bien l'histoire. Il s'ouvre comme s'ouvre une vie, un nom gagné à la fois.
Et il n'y a pas deux Jonctions qui tiennent de même. Un ajustement entier prend d'un coup, du premier souffle au bout des doigts, et se lit sans heurt jusqu'au bout. Un ajustement partiel a ses coutures : la prise s'amincit sans prévenir, le temps d'un souffle vous êtes de nouveau vous-même, là où sont vos propres mains, puis l'argile vous tire de nouveau vers le bas. La saison par laquelle vous commencez est une Jonction partielle, et elle porte ses coutures sans les cacher. Ce que coûte un ajustement entier, et si toute prise mérite confiance, la Chronique y répond en son temps.
La première saison s'appelle Le Témoin Revient. Vous savez désormais ce que ce mot veut dire. Qui vous rejoignez en premier, et ce qui vous y est demandé, attend là où l'histoire commence.
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